Comment retrouver le plaisir d'enseigner grâce aux mauvais élèves

Pédagogie de base 

Voici un article publié dans le Huffpost, c'est la vie du mois d'août 2014. Il fait mention de 6 principes de base qui permettent de retrouver le plaisir d'enseigner...

Article de Huffpost

Les 6 principes à connaitre:
1) Sortir des explications simplistes sur les causes de la difficulté à apprendre pour donner sa place à l'empêchement de penser
Cessons de vouloir toujours expliquer l'échec scolaire par un manque de bases ou par un comportement inadapté. La résistance à l'apprentissage est d'abord la conséquence d'un fonctionnement intellectuel singulier aménagé sur des stratégies d'évitement des contraintes de l'apprentissage. Les enfants qui n'ont pas construit au cours de leurs premières expériences éducatives les compétences psychiques indispensables pour affronter le manque, l'attente, la règle et la solitude, sont très vite déstabilisés par des peurs infantiles.
Dès qu'ils sont confrontés au doute, ils vont les camoufler derrière des idées d'auto-dévalorisation ou de persécution. Pour échapper à ce dérèglement nous les voyons alors inventer des stratégies anti-pensée de plus en plus efficaces, mais aussi de plus en plus invalidantes pour apprendre. C'est ce que j'appelle l'empêchement de penser, cause principale, selon moi, du décrochage devant les savoirs que propose l'école.

2) En finir avec les remises à niveau qui poussent les empêchés de penser à améliorer leurs stratégies anti apprentissages et découragent les professeurs
Les projets d'aide aux élèves résistants à l'apprentissage, qu'ils aient peur d'apprendre ou de penser, doivent s'écarter résolument des soutiens personnalisés visant à les remettre à niveau avec du rattrapage ou de la méthodologie. C'est comme cela que nous les poussons à améliorer leurs stratégies anti-apprentissages et que nous plaçons les professeurs qui s'en occupent dans une situation paradoxale.
Ces élèves ont d'abord besoin d'une pédagogie qui les aident à relancer leurs capacités réflexives, c'est-à-dire à remettre en marche leur machine à penser sans laquelle il n'y aura pas de véritable apprentissage. Nous allons voir que les leviers pour les amener sur ce chemin, "le nourrissage culturel et l'entraînement à argumenter", sont excellents pour les autres aussi et très favorables à l'amélioration de nos pratiques pédagogiques.

3) Connaitre les besoins des empêchés de penser pour espérer les réconcilier avec l'apprentissage
La remise en marche de la machine à penser des réfractaires à l'apprentissage va se faire en les aidant à franchir quatre paliers, qui n'ont plus rien à voir avec du rattrapage ou de l'entraînement supplémentaire.


  • D'abord, les aider à lutter contre leur premier défaut (ne pas savoir faire de l'image avec le mot lu et entendu). Nous avons ici un frein majeur à l'apprentissage dont personne ne parle. Face à un texte nouveau, face à un énoncé, face à une explication donnée à haute voix l'empêché de penser ne fait pas ce retour à lui-même indispensable pour greffer des images nouvelles sur les siennes. Il n'arrive pas enrichir et sécuriser ses représentations, pour qu'elles soient mobilisables pour apprendre et penser. Apprendre à lire, à écrire, à parler, à calculer, avec des représentations pauvres ou des représentations qui se rechargent en sentiments parasites dès qu'il y a déception ou remise en cause, est l'explication principale de l'échec scolaire.

  • Ensuite, il faut les sortir du piège de la curiosité primaire qui les enferme dans un souci d'immédiateté. C'est ce qui les entraîne à toujours privilégier "le voir pour savoir" au dépens de la réflexion et les empêche ainsi d'accéder au symbolique.

  • Bien sûr les aider à franchir le stade du langage argumentaire qui est à la fois le moteur et l'organisateur de la pensée. Ce stade est déterminant dans la maîtrise des savoirs fondamentaux. N'oublions jamais que la pensée ne peut se structurer que si elle est stimulée par le langage.

  • Enfin, leur permettre de s'intégrer au groupe. La difficulté d'apprentissage devient très vite un facteur de marginalisation qui accentue les retraits et les oppositions dans la classe. Le professeur doit toujours commencer son cours par un message qui réunit et permet à tous de se sentir concerné par ce qui va suivre.



4) Savoir que les textes fondamentaux sont un levier formidable pour répondre aux besoins des empêchés de penser
Qu'il s'agisse de contes ou de récits mythologiques, des textes fondateurs des religions ou des civilisations, de romans initiatiques ou historiques, de fables ou d'épopées... Les textes fondamentaux sont la botte secrète, dont disposent les professeurs dans leurs programmes, pour traiter le problème que leur posent les réfractaires à l'apprentissage dans une classe ordinaire.
Lus à haute voix et discutés, ils offrent d'abord un moyen facile de mobiliser l'intérêt de tous et de faire fonctionner une classe hétérogène comme un groupe. Mais le point fort de ces textes est de donner aux empêchés de penser la possibilité de faire enfin de l'image avec le mot entendu. Première étape avant qu'ils puissent en faire avec le mot lu par eux. Ces histoires qui traitent des grandes questions humaines vont les aider à mettre du mot et du récit sur les sentiments parasites et les inquiétudes qui perturbent leur fonctionnement intellectuel et à pouvoir les affronter au lieu de les évacuer.
C'est comme cela qu'ils vont enrichir et sécuriser leurs représentations et se dégager des effets négatifs de la curiosité primaire qui les ramènent toujours à leurs préoccupations personnelles. A la différence du fait divers ou de l'histoire du quartier, ces récits dégagent toujours, une règle, un principe, une morale, une leçon... qui aident à sortir du personnel pour aller vers l'universel. C'est sur ce chemin que se trouve le fil pour accéder à la dimension symbolique et renouer sans peur avec l'apprentissage.



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